Analyse de la violence au sein du Front national

Analyse de la violence au sein du Front national
© AFP

Je suis toujours surpris par la violence politique que l’on constate parfois dans certains partis. Des gens qui mènent des combats ensemble pendant des années peuvent, d’un coup, employer des mots très durs, stigmatiser de vieux compagnons et les exclure sans ménagements d’un lieu, d’une famille, qui furent ceux de leur vie.
J’ai connu cela, il y a des années, avec le parti communiste français et je me souviens notamment, pour avoir suivi ce conflit de près, dans un dialogue journalistique constant avec les principaux intéressés, de l’exclusion cruelle, méchante, inhumaine d’une certaine façon, de Charles Fiterman, ancien ministre de François Mitterand, devenu la bête noire du secrétaire général du Parti communiste français, Georges Marchais.

Je retrouve ces sentiments, haine et violence mélangées, aujourd’hui au Front national. Je n’ai jamais éprouvé de sympathie pour Bruno Gollnisch et Marie-Christine Arnautu. Cependant, si on se place de leur point de vue, avoir accompagné Jean-Marie Le Pen, pendant quelques dizaines de minutes, au pied de la statue de Jeanne d’Arc, le premier mai, peut se comprendre comme un ultime témoignage d’amitié envers un homme auquel les lie un combat de quarante ans.

En retour, Marine Le Pen, et surtout Florian Philippot, réclament leur exclusion des instances dirigeantes, autant dire du Front national, ce qui équivaut à une humiliation publique et produit une violence en rupture à la fois avec le slogan de ce parti aujourd’hui, « La France apaisée », et aussi avec ce mythe d’une politique artificiellement dominée par la « francitude », une fausse valeur qui ferait de tout Français, et par principe, une personne supérieure. Pourtant, s’il y a un lieu où les Français sont méchants entre eux, c’est bien au Font national.

Au demeurant, ceci est ancien. Il faut se souvenir du plaisir pervers de Jean-Marie Le Pen, roulant dans ses grosses pattes la petite pelote qu’avait tissée Bruno Megret, surnommé le félon, et qui s’est retrouvé rapidement démuni de tout, au point de disparaître complètement, avec ses amis, du champ politique. 

Au lendemain du premier mai, le bureau politique du Front national s’est réuni pendant quatre longues heures pour discuter du cas des derniers amis de Jean-Marie Le Pen, fondateur du Front national, on aurait tendance à l’oublier, père de l’actuelle présidente, elle aurait tendance à vouloir l’oublier, et sans le talent duquel, constat objectif et dénué d’empathie, ce courant de pensée serait inexistant sur la scène politique contemporaine. On imagine ce Bureau politique, l’ambiance lourde, hostile, ce sentiment d’un tribunal où la force s’exprime avec brutalité, dans les mots et les attitudes.

Le combat pour la Nation réunit officiellement tous ces gens, mais la logique d’appareil et l’appétit de concentration du pouvoir surdéterminent la volonté d’exclusion. « L’idée, c’est de le s’enterrer vivants », explique un membre anonyme du bureau politique au Parisien daté du 2 mai. Une formule qui dit tout du climat à l’intérieur du Front national.

Ce parti n’a pas le monopole de la violence politique, qui est inhérent à l’action publique. On peut tout de même noter de bonne foi qu’en son temps, Édouard Balladur n’a pas été exclu du RPR, et Nicolas Sarkozy non plus. Pourtant, tous les deux avaient trahi Jacques Chirac, dans les grandes largeurs, et sans vergogne.

De la même manière, le conflit entre François Mitterrand et Michel Rocard jadis, ou Laurent Fabius et Lionel Jospin naguère, s’est réglé dans la douleur mais à l’intérieur du parti socialiste.

Ce qui est singulier dans le FN d’aujourd’hui, comme dans le parti communiste d’antan, ce sont les humiliations publiques, les expulsions, les exclusions, les déconsidérations. Ceci porte la marque des partis idéologisés à l’extrême, relativement coupés de la société, imperméables d’une certaine manière à la singularité de la pâte humaine parce qu’essentiellement déterminés par une forme de pureté idéologique.

« Nous nous renforçons en nous épurant », avait expliqué un jour un dirigeant communiste français en usant d’une formule qui avait aussitôt fait florès. Elle s’applique au Front national d’aujourd’hui, qui s’épure à nouveau de gens qui ont beaucoup sué pour lui mais qui ne sont plus désormais ni dans la ligne, ni adaptés aux temps nouveaux.

Ni pitié, ni sympathie de ma part. Juste un constat de la singularité de certains partis dans la démocratie.

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