"Dialogues citoyens": réflexions sur une émission ennuyeuse

"Dialogues citoyens": réflexions sur une émission ennuyeuse

SIGNÉ APHATIE - L'émission "Dialogues citoyens" diffusée sur France2, le jeudi 14 avril, n'avait sûrement pas la prétention de révolutionner le genre des émissions politiques. Et c'est une bonne chose car elle n'y est pas parvenue.

Après avoir écrit cela, je dois bien confesser une petite irritation. Elle remonte à loin.

Je n'ai jamais aimé, elles ne m'ont jamais convaincu, ces émissions politiques dont l'essentiel du déroulement repose sur le questionnement de citoyens préalablement sélectionnés. Je me souviens encore avec horreur de celle qui avait précédé le référendum constitutionnel européen en mai 2005.

Jacques Chirac était président et avec un grand conformisme, beaucoup de gens avaient gloussé sur l'aveu de son incompréhension de certaines questions qui lui avaient adressées par les personnes présentes sur le plateau. Certes, le président semblait un peu à l'ouest. Mais certains de ses  interlocuteurs l'étaient aussi. J'ai gardé le souvenir de ce jeune homme d'alors, originaire des Landes, qui demandait au président ce qu'il pouvait faire pour que l'usine dans laquelle il travaillait ne ferme pas ses portes. En plein débat sur la constitution européenne, Jacques Chirac, pourtant habitué depuis longtemps à répondre n'importe quoi à n'importe qui, avait avoué son désarroi. Et il y avait de quoi, tant l'intervention était éloigné du sujet censé les réunir devant les caméras.

C'est là que se niche la faiblesse de ces émissions. Les gens qui accèdent par le miracle d'une sélection subjective aux plateaux de télévision viennent parler de leurs problèmes à un responsable politique évidemment impuissant à les résoudre et qui les noiera sous une réponse abstraite et générale. Tout le monde y perd. Le citoyen qui s'est déplacé, le président qui ne peut pas répondre et l'émission qui ne prend jamais son élan, lesté qu'elle est par cette contradiction.

Les seules personnes que l'on retient dans ce genre d'exercice, ce sont les gens qui, sur le plateau, gueulent, pleurent, ou émeuvent. La prime au spectaculaire, au pathos, certainement pas au fond.

Mais attention, interdit de dénigrer de telles émissions, sous peine de passer pour un adepte de l'entre-soi politico-journalistique, ou bien pour un snob de classe supérieure, ou bien encore pour un "bobo boboïde", pour parler comme la France rance.

Dans ce genre d'affaire, c'est le conformisme qui l'emporte, malgré la répétition de ces émissions tristes et molles. J'ai aussi gardé la mémoire de la précédente de Francois Hollande, sur TF1, qui était à périr d'ennui, un peu comme celle de ce soir, hachée, décousue, longue comme un jour sans pain.

Ce ne sont pas les gens venus questionner qui sont en cause, mais plutôt la situation que des adeptes d'une soi-disant "citoyenneté" organisent. Ce jeudi soir, la chef d'entreprise n'avait que des questions de détail, car les détails forment son quotidien. On pouvait, à bon droit, se sentir extérieur au dialogue.

Après elle, la mère de famille dont le fils est mort en Syrie était un bloc de douleur retenue. Face à elle, Francois Hollande a été délicat et sensible, mais du coup aérien et creux. Peut-être l'électeur du Front national qui a suivi, anciennement socialiste, était-il plus attachant mais son propos a déjà été entendu mille fois. Quand au dernier, le représentant de la jeunesse, il a enfilé les perles que je n'aurais même pas été capable d'enfiler à son âge, donc je serai le dernier à lui jeter la pierre.

Ce type d'émission, tels que des professionnels les construisent, et tels que souvent les présidents les réclament, ne sont que l'expression d'un populisme dans lequel nous nous perdons tous. L'objectif majeur: diluer le journalisme, donc le médiateur, pour privilégier un contact direct aussi artificiel qu'inefficace.

Ecrire cela est évidement vain. Le combat est perdu avant même d'avoir commencé. Malgré tout, je suis bien content de l'écrire, peut-être parce que j'aime vraiment la politique et le journalisme et parce que je pense que ce type de journalisme est utile au pays et à la démocratie.

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