En peu de mots, Le Figaro raconte l’horreur démocratique du pouvoir de Vladimir Poutine

En peu de mots, Le Figaro raconte l’horreur démocratique du pouvoir de Vladimir Poutine
© AFP

Ce samedi 30 avril 2016, un article retient l’attention à la lecture du Figaro du jour. Situé en haut de la page 6, il est intitulé:« Le Kremlin craint des troubles sociaux »

Le titre interpelle le lecteur car voilà longtemps que le président russe, Vladimir Poutine, a éliminé toute forme de contestation dans sa société. Ses opposants politiques ont été soit tués, soit emprisonnés, soit contraints à l’exil. L’économie a été dépecé et partagé entre amis, de sorte que personne dans la société civile ne peut bénéficier de largesses ou de dons pour financer une activité politique. Les médias ont été mis au pas, et l’on ne voit pas bien, du coup, d’où pourrait venir la menace dans une dictature qui ne dit pas son nom. 

Et pourtant, oui, le Kremlin se sent encore en danger, probablement parce qu’un pouvoir de cette nature, installé depuis maintenant quinze ans et mesurant parfaitement son illégitimité, se fabrique des ennemis à la chaîne pour tenter de repousser indéfiniment le moment où il devra rendre des comptes et assumer sa vilenie. 

C’est dans cette atmosphère paranoïaque qu’il faut replacer les projets législatifs de Vladimir Poutine, tels que les relate, ce 30 avril, Le Figaro. 

Alors même que vont se dérouler au mois d’octobre des élections législatives que le parti du président, Russie Unie, est sûr de remporter, Vladimir Poutine veut instituer une « garde nationale », regroupant les troupes d’élite du ministère de l’intérieur, placée, et ceci est essentiel, sous l’autorité directe de Vladimir Poutine.

La Douma, le parlement russe, votera sur la loi instituant cette « garde nationale » le 18 mai prochain. Mais dans les intentions du président russe, chaque membre de cette troupe devra pouvoir utiliser ses armes pour tirer sans sommation sur toute personne qui présenterait un danger pour les « citoyens russes » ou pour l’Etat de ce pays. Un permis de tuer, en somme, institué à grande échelle, pour une troupe sous l’autorité directe d’un homme enfermé dans son pouvoir depuis bientôt vingt ans. Ceci est tout bonnement effrayant. 

Un autre projet de loi doit voir le jour dans ce parlement qui légifère sous la dictée du Kremlin. Il s’agit d’un texte complexe qui aboutira à criminaliser l’action des rares organisations non gouvernementales, généralement occidentales, qui travaillent encore en Russie. Selon des critères que le pouvoir maniera à sa guise, ces ONG seraient réputées être des « agents de l’étranger » et se voir ainsi interdire de toute activité sur le sol russe.

Pourquoi un tel activisme? Parce que le Kremlin redoute les effets puissants d’une crise économique qui menace de balayer son pouvoir. Les caisses de l’Etat sont vides, pillées par la corruption immense qui profite à ceux qui dirigent le pays, et vidées par un gaspillage qu’aucune cour des comptes ne s’avise à dénoncer. La baisse des prix des matières premières rajoute à la crise structurelle de l’Etat russe une menace conjoncturelle majeure, l’économie de ce pays n’étant jamais sortie de son extrême dépendance aux recettes apportées par l’exploitation de son sous-sol. Et toutes ces difficultés sont accrues par un effort militaire menée à la limite du soutenable par un Vladimir Poutine qui a annexé une partie de la Géorgie, puis de l’Ukraine, et disperse maintenant des milliards de roubles pour maintenir à flot le régime sanguinaire de Bachar El Assad en Syrie.

C’est ici sans doute qu’apparaît le plus cruellement l’incompétence et l’avidité de Vladimir Poutine et de ses amis, dont l’égoïsme monstrueux a dévitalisé tout un peuple, le cynisme du pouvoir camouflant l’ensemble sous une réthorique nationaliste dont les effets s’atténuent désormais, au point peut-être de devenir inefficace. 

Voilà l’environnement dans lequel le pouvoir russe doit s’apprêter à couper encore dans les dépenses publiques, à préparer, nous dit Le Figaro, une réforme des retraites qui appauvrira encore des Russes proches du dénuement. D’où sa crainte de troubles sociaux et la paranoïa dévastatrice qu’elle nourrit à son sommet.

La conclusion de l’article du Figaro, sur ce point, fait froid dans le dos:

« Fin avril à Smolensk, des troupes ont réalisé un exercice simulant la répression des habitants manifestant contre la hausse des tarifs communaux. »

Ce qui est dit ici, c’est que le pouvoir russe répète ses gammes dans la perspective assumée de la répression de ceux qui, acculés à la misère, lui demanderait des comptes. Si cette situation se produit, à Smolensk ou ailleurs dans la grande Russie, nous ne pourrons pas dire que nous savions pas.

Pourquoi écrire ceci ici, sur un blog ordinairement consacré à la politique française? Pour la seule raison que Vladimir Poutine fait l’objet, ici, en France, de la part de plusieurs de nos grands dirigeants, d’un culte et d’une admiration déplacés. Personne ne peut ignorer la réalité de la situation russe, la réalité aussi de l’action menée dans ce pays par Vladimir Poutine, et s’afficher à ses côtés, défendre son action, c’est à la fois défendre ce qui ne doit pas l’être, en regard des principes démocratiques, et témoigner d’une forme de mépris à l’égard de ceux que vivent les Russes eux-mêmes. 

Pour être précis, voici la liste des dirigeants français concernés par ce reproche.

Commençons par Nicolas Sarkozy et Francois Fillon, opposés sur bien des sujets, mais qui se rejoignent pour revendiquer l’amitié du leader russe et lui témoigner une certaine admiration. Poursuivons par ces parlementaires, représentés notamment par le député Thierry Mariani, qui placent dès qu’ils le peuvent dans les médias des couplets énamourés sur la politique visionnaire du président russe, qu’ils opposent généralement à la bêtise crasse et à l’ignorance des réalités internationales par les dirigeants occidentaux.

Ajoutons à la liste Marine Le Pen qui a déclaré naguère son « admiration », pas moins, à l’égard de Vladimir Poutine, sentiment désintéressé qu’il serait malveillant de relier à un prêtes récent de 11 millions d’euros d’une banque russe au Front national. Et n’oublions pas pour terminer les intellectuels qui charpentent la France rance et qui ont, eux aussi, l’œil embué lorsqu’ils parlent du grand dirigeant qui vit si loin, là bas, dans les profondeurs d’une terre encore européenne, donc encore blanche, même si, hélas, le Coca-Cola coule depuis un certain temps déjà sur les rives de la Moskowa.

À tous ceux là donc, je conseillerais la lecture du Figaro du samedi 30 avril. Ils n’apprendront rien, ils sauront juste que nous savons tout.

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