La démission de François Hollande : le scénario qui peut changer l'élection présidentielle

La démission de François Hollande : le scénario qui peut changer l'élection présidentielle
© @ Olivier Douliery / AFP

SIGNE APHATIE - Et si Francois Hollande démissionnait de l'Elysée pour se représenter aussitôt devant les Français, en quête d'un second mandat ?

Une question chemine, souterraine, parmi les responsables politiques français, que certains acceptent d'évoquer à la condition d'une stricte confidentialité: et si Francois Hollande démissionnait de l'Elysée pour se représenter aussitôt devant les Français, en quête d'un second mandat ?

Cette interrogation, la plupart de ceux qui se projettent comme des futurs candidats à la présidence de la République la formulent actuellement avec un peu de terreur dans les yeux, expression à la fois de leur impuissance devant une décision qui ne leur appartient pas, et aussi de l'ignorance des effets qu'elle provoquerait. Quant au principal intéressé, il demeure discret sur le sujet, sachant que l'effet de souffle d'une démission tient à sa surprise, et qu'en parler l'éventerait (1). Pourtant, des réunions ont déjà eu lieu à l'Elysée sur une nouvelle candidature de François Hollande, des réunions, dit-on, où tous les scénarii ont été envisagés. Il serait curieux, alors, d'en négliger un seul car dans cette histoire, seule compte la victoire.

Pour restituer le raisonnement qui pourrait conduire Francois Hollande à abréger son mandat afin de tenter d'en conquérir un second, il faut d'abord dresser un panorama de sa situation politique, puis tenter d'évaluer les effets de sa stratégie, à la fois sur la scène politique, et dans l'opinion publique. 

Sa situation politique peut être rapidement restituée. Elle est tout simplement catastrophique. Son mandat, tel qu'il s'est écrit depuis 2012, le prive de toute autorité sur la gauche. Communistes, écologistes, gauchistes de diverses obédiences, lui contestent fortement et formellement tout statut de leader sur leur camp. Au sein même du parti socialiste, la contestation a pris une ampleur inédite dans un parti majoritaire sous la V° République. Des dirigeants de premier plan dénoncent son action, des députés de son parti défilent avec des manifestants, et du coup une flopée de personnalités socialistes envisagent de le défier pour l'investiture à la prochaine élection présidentielle.

Le rapport de François Hollande avec l'opinion publique est tout aussi dégradé. Les sondages, qui ne sont que cela, battent des records à la baisse, une indication que recoupent les conversations quotidiennes comme les multiples manifestations de mécontentement.

Ainsi, le sort de François Hollande parait scellé. L'alternative est simple: soit il fait le constat, à l'automne, que ses chances de réélection sont nulles et il ne se représente pas. Ceci, qui est loin d'être exclu, serait une première sous la V° République. Soit il force le destin, se présente à nouveau et prend le risque de terminer piteusement son parcours politique en ne parvenant pas à se qualifier pour le second tour.

Sombres perspectives pour un homme qui tente d'ordonner la suite, compromise, de sa carrière politique. C'est alors que l'imagination et la réflexion peuvent lui suggérer un chemin original, inédit lui aussi, périlleux à l'évidence, mais tout est péril désormais dans la vie politique de Francois Hollande. Et s'il démissionnait? Quand? Juin, septembre, ou pourquoi pas, là, maintenant... Il pourrait en faire l'annonce le jeudi 14 mars, lors de l'émission spéciale programmée sur France 2...

L'un des journalistes présent sur le plateau, ils seront trois, lui poserait la question, peut-être suggérée par l'entourage du président: "Irez-vous jusqu'au bout de votre mandat monsieur le président?"

Francois Hollande répondrait: "J'ai beaucoup réfléchi à cette éventualité. Je sais que cela pourra paraître curieux, où même choquant à certains. Il n'est pas sain, dans une démocratie, d'interrompre les mandats avant leur terme. Mais nous vivons une situation particulière. Le terrorisme fait peser sur nous une menace nouvelle, et pour l'affronter, l'exécutif a besoin d'une légitimité forte.

L'Europe traverse une grave crise, la plus grave de son histoire, et la France doit jouer pleinement son rôle dans les instances de l'Union, ce qui suppose là aussi que ses représentants bénéficient pleinement de la confiance de leurs concitoyens.

Et puis nous constatons des blocages nombreux, successifs, à l'intérieur de notre société, qui créent un climat négatif, pratiquement dépressif, qui nous empêche de profiter comme nous devrions le faire des perpectives de croissance qui s'offrent à nous et de la reprise qui se manifeste dans les pays voisins. 

Toutes ces raisons m'ont convaincu, dans l'intérêt du pays, de remettre mon mandat entre les mains du peuple français. Il faut qu'il se manifeste, par l'intermédiaire du suffrage universel, pour investir un président, puis une équipe gouvernementale, qui pourront affronter les dangers qui s'annoncent en bénéficiant d'un réel soutien populaire.

Je remettrai donc ma lettre de démission demain au Conseil constitutionnel et je quitterai l'Elysée, comme le prévoit la Constitution, dès que la vacance du pouvoir, c'est le terme exact, sera constatée. L'élection se déroulera dans le délai prévu par la Constitution, c'est-à-dire environ un mois (2).

Pour ma part, je solliciterai un nouveau mandat car je pense que ce serait une erreur pour la France de changer de dirigeants aujourd'hui, alors que les épreuves exigent que les titulaires du pouvoir soient immédiatement opérationnels. Le grand changement, c'est que je bénéficierai d'une confiance renouvelée pour continuer à exercer la terrible charge qui est la mienne depuis quatre ans."

Quel coup de tonnerre ce serait! Quel renversement total, absolu, de perspectives! Bien sûr, on pourrait se dire dans un premier mouvement que cela ne changerait rien pour Francois Hollande. Impopulaire aujourd'hui, il le resterait demain. Donné battu aujourd'hui, il le serait demain. Oui, sans doute, mais quand même, quels bouleversements autour de lui, et du coup, quels changements aussi.

L'annonce d'une démission prendrait tout le monde de court. Le Front national d'abord. Certes, celui ci possède une candidate de longue date, incontestée, et si le programme présidentiel n'est pas bouclé, ce parti possède suffisamment son catéchisme pour pouvoir le réciter avec facilité.

Malgré tout, la précipitation empêcherait le règlement de certains problèmes autour de Marine Le Pen, par exemple le rôle, la place, l'importance de Florian Philippot, objet de nombreuses contestations dans l'équipe dirigeante du FN. La crainte aussi serait de voir Jean-Marie Le Pen tenté de profiter de la situation, non pas pour son propre compte, mais dans l'unique but de nuire à sa fille. Et puis, de manière générale, la mobilisation de l'électorat frontiste s'opérerait dans de mauvaises conditions, de sorte que si elle pourrait finir en tête, la présidente du Front n'exploiterait pas totalement le potentiel électoral que pourrait lui procurer une campagne plus longue.

A la gauche du parti socialiste, l'accélération du calendrier serait une source d'approfondissement des désordres que l'on constate déjà. Nicolas Hulot, dont la popularité pourrait être une menace pour Francois Hollande en 2017, n'aurait pas le temps de mettre en place une organisation de campagne en quelques jours. Cécile Duflot serait probablement la seule en capacité de représenter l'écologie politique dans l'élection présidentielle anticipée, mais les scores que lui promettent les sondages aujourd'hui sont ridiculement bas.

De son côté, Jean-Luc Mélenchon est déjà en piste, candidat déclaré pour la seconde fois à la course présidentielle. Mis devant le fait accompli, les communistes menacent de présenter leur secrétaire national, Pierre Laurent, connu de très peu de Français mais pratiquement obligé alors de concourir pour ne pas laisser le champ libre à ce Mélenchon qu'ils ne supportent plus.

Reste le parti socialiste. Ils sont nombreux tous ceux qui veulent sa peau au président. Mais s'il accélère le tempo, aucun ne pourra le suivre car pas un de ces contestataires de l'intérieur n'est prêt à mener campagne: pas de programme, pas de soutiens, pas d'argent. La voie alors serait libre pour le président sortant, détesté dans son parti, certes, mais sans adversaires à la hauteur.

Si l'on additionne toutes ces considérations minuscules, on perçoit l'intérêt de Francois Hollande dans la manœuvre. En l'état actuel des désordres de son camp, il terminerait à coup sûr en tête de la gauche au premier tour.

Evidemment, ce premier objectif est nécessaire, mais il n'est pas suffisant. Pour être réélu, François Hollande doit accéder au second tour, c'est-à dire concrètement devancer le candidat de droite. Et c'est là que la démission peut produire ses pleins effets.

Comment décrire la situation chez Les Républicains? Simple: un foutoir insondable. Alain Juppé domine dans les sondages et Nicolas Sarkozy maîtrise l'appareil. Et chacun se méfie de l'autre, et tous les deux se détestent. Seule, une primaire de la droite, prévue à l'automne, pourrait réguler leurs mauvais sentiments et départager leur ambition. Mais si le calendrier s'accélère, plus de primaire, et s'il n'y a plus de primaire, i, reste seulement du désordre car il est difficile d'imaginer qui de Sarkozy où de Juppé cédera le pas sur l'autre. Ajoutez au tableau les Fillon, Le Maire, NKM ou Morano qui ajouteraient leur pincée de divergences et vous obtenez dans le principal parti de droite un cafouillage monstrueux.

Dès lors, tout peut se produire: deux, trois candidats au premier tour, donc une division des voix, ce qui pourrait permettre à François Hollande de devancer le plus gros candidat de la droite au premier tour, et de gagner ainsi son ticket pour le second.

Haletant, n'est-ce pas? Et tentant. Depuis César, renouvelé par Napoléon, tous les généraux le savent: quand tout parait perdu, il devient vital d'envisager le théâtre d'opérations sous un angle différent pour déséquilibrer l'adversaire, renverser le rapport des forces, et espérer peut-être, une chance infime, faire enfin sourire le destin.

Le mouvement, l'audace, la surprise, voilà les seules armes dont dispose aujourd'hui Francois Hollande. Attendre le terme du mandat, c'est pratiquement l'assurance de terminer dans les poubelles de l'histoire. Accélérer l'échéance, c'est mettre le tableau cul par dessus tête, et retrouver quelques chances de défendre chèrement sa peau. On tente ou pas?

Je me garderai bien de donner un conseil à ceux qui interrogeront le président, le 14 avril prochain sur France2. Mais s'il lui était posée une question du genre: irez-vous jusqu'au bout de votre mandat, monsieur le président?, il faudrait écouter avec beaucoup d'attention sa réponse car alors le joueur de poker serait obligé de dévoiler son jeu que, jusqu'ici, il tient soigneusement caché.

1- Aucun commentaire autorisé n'a été obtenu auprès des collaborateurs du président. L'un de ses proches, goguenard, a répondu, je cite, que "François sait bien qu'il devra renverser la table" s'il veut être réélu

2- l'article 7 de la Constitution indiqué qu'en "cas de vacance (...) le scrutin pour l'élection d'un nouveau Président a lieu (...) vingt jours au moins et trente cinq jours au plus après l'ouverture de la vacance."

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