Marion Maréchal-Le Pen, une drôle de républicaine...

Marion Maréchal-Le Pen, une drôle de républicaine...

SIGNE APHATIE -Marion Maréchal-Le Pen, 26 ans, députée du Vaucluse pour le compte du Front national, est une femme curieuse. 

Alors que son parti essaie de faire patte de velours pour faire oublier son histoire et mieux vendre la radicalité de son programme, elle ouvre des débats inutiles pour la collectivité et sans intérêts pour son parti. Les raisons? Probablement une armature idéologique tellement rigide qu'il lui est impossible de la dissimuler tout le temps, même s'il s'avère nuisible de la montrer de temps en temps.

Invitée sur ITélé, le mercredi 27 avril, le journaliste qui la reçoit cite des propos que la parlementaire FN a tenus dans le magazine Charles, en juin 2015. Voici donc un an, Marion Maréchal-Le Pen avait dit:
 
 "La France n'est pas que la République (...) C'est un régime politique (...) Je ne comprends pas cette obsession pour la République. Pour moi, la République ne prime pas sur la France."
 
 Assume-t-elle, un an plus tard, ces propos tenus de 2015? Interrogée sur ITélé, elle répond:
 
 "Je les assume totalement. Je suis d'une génération un peu saoulée par les "valeurs" de la République qu'on nous sert en permanence et dont je ne sais pas ce qu'elles recouvrent, ce qui évite d'aller sur le fond des idées (...) On dit "valeurs de la République et on exclut le Front national du pseudo champ républicain."
 
 La matière produite par ces deux déclarations est abondante et mérite d'être analysée dans le détail.
 
 Première évidence, contenue dans les propos tenus en 2015, au magazine Charles: oui, la République ne se confond pas avec la France puisque la République est un système politique et la France est un pays. Par ailleurs, la France a une histoire avant la République, ce que personne n'ignore ni ne conteste.
 
 Curieuse tournure d'esprit, tout de même, que de marteler ce qui n'a aucun intérêt à l'être. Et pourquoi donc Marion Maréchal-Le Pen perd-elle son temps à marteler une évidence? On le comprend un peu, s'il y a quelque chose à comprendre, quand elle se dit "saoulée", un an plus tard, par les "valeurs" de la République. Des "valeurs" précise-t-elle, "dont on ne sait pas ce qu'elles recouvrent".
 
 Bien sûr qu'on le sait. Enfin, moi je le sais, Florian Philippot le sait, Marine Le Pen le sait. Et si Marion Maréchal-Le Pen dit ne pas le savoir, c'est peut-être qu'elle ne veut pas le savoir.
 
 La première valeur de la République, c'est l'égalité entre les citoyens. Toute simple, toute bête, une idée, belle idée, issue de la Révolution française, dont je n'avais jamais entendu un élu de la Nation dire qu'elle la saoulait.
 
 L'égalité entre les citoyens n'est ni une égalité sociale, ni une égalité financière. C'est une égalité politique qui permet à toute personne possédant la citoyenneté française de participer activement au débat politique, de choisir ses dirigeants grâce au droit de vote attaché à sa qualité de citoyen, et de postuler aux fonctions électives pour diriger des collectivités locales, ou bien l'Etat, ou bien encore pour représenter le peuple à l'Assemblée nationale, au Sénat ou au parlement européen.
 
 En outre, l'égalité entre citoyens emporte des conséquences importantes, dont on pourrait dire qu'elles sont aussi des valeurs républicaines. La liberté d'expression d'abord, puisqu'au nom de l'égalité chacun peut former son propre jugement, et l'exprimer. Le choix de sa vie ensuite, qui se concrétise dans la libéralisation de la pratique religieuse, le choix du mariage ou de la vie commune sans liens particuliers ou sacrés, donc le droit au divorce, et puis aussi, pour les femmes, le droit à disposer de leurs corps.
 
 Égalité, liberté... Pour faire joli, nos aînés ont rajouté fraternité. Ceci est plus un état d'esprit qu'une valeur, mais le mot prend une belle place au fronton de la République et on pourrait presque dire, par esprit taquin, qu'à force de stigmatiser les "mauvais" Français, et de vouloir imposer sa conception du sentiment national, le Front du même nom est bien peu fraternel dans la République.
 
 Égalité, puis liberté, et enfin fraternité: ceci serait-il saoulant?
 
 Ce tryptique ne peut trouver sa place dans la catégorie de monarchie qui a précédé la République en France. La citoyenneté n'existait pas. Les Français étaient des sujets. Ils ne choisissaient pas leurs dirigeants. Ceux-ci étaient distingués par la naissance, ce qui rendait les élections vaines et, par voie de conséquence, le débat politique aussi. Et donc, la liberté était une chimère, la fraternité une utopie.
 
 Pas saoulant, ça?
 
 Alors bien sûr, demeure l'hypothèse de la monarchie constitutionnelle qui peut combiner la royauté et la démocratie, donc la citoyenneté. Mais je ne pense pas qu'un esprit censé réclamerait en France le droit pour la famille d'Orléans de s'installer à l'Elysée pour représenter l'hexagone de manière héréditaire, à la façon de ces rois fainéants qui n'avaient d'autre passe temps que tuer l'ennui et tromper l'oisiveté.
 
 
 
 
 Evidemment, on est peiné de devoir écrire des choses aussi simples, notamment sur les "valeurs" de la République que tout collégien français s'approprie sans même y réfléchir, un peu comme l'oxygène que ses poumons captent dans l'air pour respirer.
 
 C'est cela qui est curieux avec Marion Maréchal-Le Pen: elle ne "respire" pas la République. Elle ne sait même pas ce que c'est, et elle en fait l'aveu benoîtement, sans se rendre compte de l'énormité de ses propos.
 
 Mieux, elle assure que parler des "valeurs" de la République "évite d'aller sur le fond des idées".
 
 De quoi veut-elle parler? De quelles idées et de quel fond? Et puis, qui l'empêche d'en parler, des idées du fond? À mon avis, personne. Si elle a quelque chose à dire, qu'elle le dise, plutôt que de suggérer l'idée ridicule que la République empêche on ne sait quoi à on ne sait qui.
 
 Et enfin, autre chose, cette victimisation, dont le Front national est coutumier et qui est un mensonge.
 
 "On dit "valeurs" de la République, explique la députée du Vaucluse, et on exclut du champ pseudo républicain le Front national."
 
 D'abord, le FN n'est exclut d'aucun champ. Il participe largement à la vie démocratique, présente autant de candidats qu'il le souhaite aux élections et bénéficie d'un large accès aux médias. Tout ceci, qui est normal fait du Front national un acteur de la République, et pas un exclu.
 
 D'autre part, le Front national a des élus dans les communes, qu'il dirige parfois, dans les départements et les régions, et aussi au parlement européen, et même au Sénat. Donc, une inclusion plutôt qu'une exclusion.
 
 Reste le problème particulier de l'Assemblée nationale. Le Front national se lamente de n'avoir pas dans cette enceinte une représentation qui correspond à son audience. C'est faux.
 
 L'Assemblée nationale est composée selon la règle du suffrage majoritaire. C'est une bonne règle car elle correspond aux intérêts de la France, pas de la République mais de la France, ne confondons pas les deux.
 
 Le mode de scrutin majoritaire fabrique, comme son nom le suggère, des majorités stables, condition indispensable pour qu'un pays soit dirigé. Certains, dont le FN, plaident pour la proportionnelle. Dans son inconséquence, le parti socialiste aussi plaide pour la proportionnelle.
 
 Disons le nettement: le mode de scrutin proportionnel est un poison pour la démocratie. Il empêche la constitution de majorité. Il structure l'instabilité. Il décourage la citoyenneté. Voyez les Espagnols, sans gouvernement depuis le mois de décembre. Regardez l'Italie, qui a failli mourir de son système proportionnel. Prenez l'Allemagne qui acclimate le mode de scrutin proportionnel grâce à sa tradition de consensus qui permet la constitution de coalition pour pallier aux divisions. Impensable chez nous.
 
 Le mode de scrutin majoritaire est l'expression de la culture française, et il est curieux de constater que le parti qui se revendique comme le plus national de tous ne le comprenne pas.
 
 Alors c'est vrai, le mode de scrutin majoritaire empêche le Front national d'avoir des députés par dizaines. Mais pourquoi? Parce que ce parti est incapable, par dogmatisme, à cause aussi de sa radicalité, de trouver des alliés, de passer des alliances. Il est seul, solitaire, pas suffisamment démocratique pour dialoguer avec ceux qui sont différends, et donc, au second tour, il perd.
 
 Ceci est de sa faute, pas de la faute de la République. Et il faut bien peu de jugeote, bien peu de courage, à tous ceux qui reprennent avec le Front national la complainte de sa victimisation. Comme il faut une sacré bêtise et un manque total de discernement pour défendre la proportionnelle et souhaiter son introduction dans un ordre démocratique qu'elle détruirait irrémédiablement.
 
 Voilà, c'est ainsi que nous allons terminer ce cours de républicanisme dispensé aux enfants et aux nécessiteux. En espérant que ces choses là, tellement simples, tellement évidentes, n'auront pas besoin d'être répétées.

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