Petite histoire de gaspillage de l'argent public à propos de l'émission de François Hollande

Petite histoire de gaspillage de l'argent public à propos de l'émission de François Hollande
© STEPHANE DE SAKUTIN / POOL / AFP

Le propre de l'argent public, c'est qu'il appartient à tout le monde, c'est-à-dire à personne, ce qui explique qu'il est parfois fort mal dépensé, voire gaspillé.

Le propre de l'argent public, c'est qu'il appartient à tout le monde, c'est-à-dire à personne, ce qui explique qu'il est parfois fort mal dépensé, voire gaspillé. La preuve par l'émission de télévision diffusée jeudi 14 avril sur France 2, "Dialogue citoyen", avec le président de la République, François Hollande, comme invité unique et principal.

Cette émission spéciale est programmée en direct, à partir de 20h15, jeudi, depuis le musée de l'Homme, place du Trocadéro, à Paris. Evidemment, les salles de ce musée ne sont pas adaptées au déroulement d'une émission de télévision pas plus que le bâtiment n'est équipé pour sa diffusion. L'aménagement de l'ensemble a coûté à France Télévisions 35.000 euros, selon les chiffres communiqués à la presse par l'entreprise publique, et ce sont les causes de cette dépense qu'il faut déconstruire pour comprendre en quoi elle représente un gaspillage de l'argent public.

Il aurait été naturel que cette émission se déroule dans les studios habituels de France Télévisions. La fabrication d'un plateau spécial aurait coûté environ 10.000 euros, soit deux bons tiers de moins que la somme dépensée pour la transformation du musée de l'Homme. Vu la situation toujours tendue des finances de la télévision française, cette économie n'était pas négligeable.

Mais voilà, si parfois durant le quinquennat le président de la République s'est déplacé jusqu'aux entreprises de télévision (plateaux des 20h de TF1 ou France2, plateau du "Supplément" de Canal Plus), il semblerait que ce que la période exige de hauteur et d'autorité de la part du chef de l'Etat l'empêche de faire un déplacement qui pourrait être perçu comme un déclassement.

Cette perception, discutable, de l'image présidentielle, aurait logiquement dû conduire les organisateurs de l'émission à choisir l'Elysée comme lieu de substitution. Mais là encore, les intérêts du président s'opposent à ce choix.
L'émission du 14 avril est vécue à l'Elysée, et peut-être uniquement à l'Elysée, comme le premier temps d'une reconquête de l'opinion publique, ceci bien sûr dans la perspective de la,prochaine présidentielle. Dans l'équation complexe que doivent résoudre les hommes du président, il faut donc que Francois Hollande préserve la grandeur de sa fonction, et en même temps, puisque que le candidat pointe sous le chef de l'Etat, qu'il apparaisse proche des Français et de leurs préoccupations, ce qu'exprime jusqu'à la complaisance le titre de ce rendez-vous télévisuel: "Dialogue citoyen".

Restituer ce contexte, l'avoir en tête, permet de comprendre qu'une telle émission ne puisse pas se dérouler dans le palais de l'Elysée, bâtisse trop bourgeoise, salles trop majestueuses, décorum trop lourd, bois précieux et dorures surannées, l'opposé exact de ce que doit être un lieu symbolisant la tentative de retournement d'une opinion publique en profond désamour.

Dès lors, il faut trouver un autre lieu. Un musée? Pourquoi pas, mais quand on y réfléchit, placer une démarche d'avenir sous les auspices d'un musée, c'est cocasse, non? Musée de l'Homme? Oui, ça ou autre chose, l'Aviation, l'Automobile ou la Marine à voile, quelle importance? Alors va pour le musée de l'Homme...

Au bout du processus, des considérations purement politiques, chimiquement politiques pourrait-on dire, conduisent France Télévisions à aménager un plateau télé dans un endroit qui n'a absolument pas été pensé pour cela. La farce dans l'histoire, c'est que le coût de la transformation échoit à l'entreprise publique, ce qui, vu le processus, est entièrement illégitime. On pourrait presque soutenir, à l'inverse, que la facture d'aménagement devrait figurer dans le futur compte de campagne du candidat Hollande, si un jour candidat il y a.

Voilà comment 35.000 euros seront dépensés, pour une large part inutilement, au service unique des intérêts du premier dirigeant de l'Etat, dont on attend justement qu'il soit économe des deniers publics. Face à l'océan de gaspillage, la somme est certes minuscule et la querelle peut apparaître pour cela un peu spécieuse.

Mais en même temps, rien n'est négligeable quand il s'agit d'argent public car il serait enfin temps, dans ce pays où la dépense publique est depuis longtemps une facilité et une extravagance, oui, il serait temps que l'on considère l'argent public comme l'argent de chacun et non plus comme l'argent de personne.

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